Introduction à la pensée complexe de Edgard Morin (note : 4/5)

Mes impressions sur le livre

C’est un livre qui est très théorique et universitaire. Le livre est unitulement compliqué et le langage utilisé est mal choisi. Cependant, les idées avancées sont très intéressantes et méritent plus de réflexion.

Résumé rapide

Notre monde est complexe, alors on a créé des raccourcis pour mieux le comprendre, alors qu’on aurait du apprendre à accepter la complexité des systèmes qui nous entourent.

Attention, le résumé qui suit est un import brut depuis mon second cerveau. Vous y trouverez des informations intéressantes, mais des choses seront certainement incompréhensibles à vos yeux…

Les concepts importants du livre

La pensée et la complexité

La pensée est là pour mettre de l’ordre, la complexité est là pour exprimer notre embarras quand on ne peut expliquer le réel… On aime que tout rentre dans une narration simple et cohérente. Le mot complexité nous effraie et il ne fait pas en avoir peur, il nous permet de ne pas s’arrêter à une vue simpliste de la connaissance, mais d’aller plus loin.

l’erreur de narration Pour s’en prémunir, embrasser la complexité.

Nous demandons légitimement à la pensée qu’elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu’elle mette de l’ordre et de la clarté dans le réel, qu’elle révèle les lois qui le gouvernent. Le mot de complexité, lui, ne peut qu’exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité de définir de façon simple, de nommer de façon claire, de mettre de l’ordre dans nos idées.

Le rôle de la pensée complexe

La pensée complexe essaye de ne pas voir un morceau de la réalité simplifiée comme son ensemble et à ne pas tout complexifier à l’extrême…
Le problème avec l’hyper spécialisation Prendre la partie pour son ensemble.

Aussi la pensée complexe est animée par une tension permanente entre l’aspiration à un savoir non parcellaire, non cloisonné, non réducteur, et la reconnaissance de l’inachèvement et de l’incomplétude de toute connaissance.

Le rôle de la science

La science est ce qui permet de comprendre le monde objectivement et empiriquement. Cela permet de combattre Les attaques de l’expertise ou encore le biais de confirmation en étant dans un empirisme sceptique.

La science fait régner de plus en plus largement des méthodes de vérification empirique et logique.

La difficulté de mettre des concepts en théorie

Déconstruire la réalité pour mieux la comprendre on sait faire. Mais remettre ça en systèmes et théories c’est là qu’on se leurre. On est trop facilement biaisé par l’erreur de narration…

La cause profonde d’erreur n’est pas dans l’erreur de fait (fausse perception) ou l’erreur logique (incohérence), mais dans le mode d’organisation de notre savoir en système d’idées (théories, idéologies).

Le paradigme de simplification

La logique consiste à faire tout rentrer dans une narration cohérente pour confirmer une vision. C’est intégré au comportement humain. l’erreur de narration. Cependant il faut parfois le remettre en question, et changer radicalement de vision. La simplification à outrance ne nous aide pas à concevoir la complexité des problèmes.

Toute connaissance opère par sélection de données significatives et rejet de données non significatives : sépare (distingue ou disjoint) et unit (associe, identifie) ; hiérarchise (le principal, le secondaire) et centralise (en fonction d’un noyau de notions maîtresses).

Nous vivons sous l’empire des principes de disjonction, de réduction et d’abstraction dont l’ensemble constitue ce que j’appelle le « paradigme de simplification ».

Mais de telles opérations, nécessaires à l’intelligibilité, risquent de rendre aveugle si elles éliminent les autres caractères du complexus ;
En effet, on ne peut pas prendre une partie de la réalité pour son ensemble : Le problème avec l’hyper spécialisation.

La valeur se trouve dans la nuance

Accepter la complexité d’un problème et ne pas se placer d’un côté ou de l’autre. La valeur est dans la nuance.

On essaye d’éviter la vision unidimensionnelle, abstraite. Pour cela, il faut au préalable prendre conscience de la nature et des conséquences des paradigmes qui mutilent la connaissance et défigurent le réel.
Par exemple : biais de confirmation Biais de cohérence Biais d’engagement l’erreur de narration

L’importance des communications entre disciplines

Il faut essayer de développer des connaissances en T (nombreuses – et profondes | . Car ce sont ces interactions entre connaissances qui font de nouvelles idées Atomicité des pensées.

Citations :

Une telle disjonction, raréfiant les communications entre la connaissance scientifique et la réflexion philosophique, devait finalement priver la science de toute possibilité de se connaître, de se réfléchir, et même de se concevoir scientifiquement elle-même. Plus encore, le principe de disjonction a isolé radicalement les uns des autres les trois grands champs de la connaissance scientifique : la physique, la biologie, la science de l’homme.

Définition de la complexité

La complexité est un ensemble de tissus simples tissus ensemble (comme un polymère). On peut aussi inutilement complexifier un simple tissu sur lequel on viendrait greffer inutilement d’autres ajouts.

La complexité est effectivement le tissu d’événements, actions, interactions, rétroactions, déterminations, aléas, qui constituent notre monde phénoménal.

Qu’est-ce que la complexité ? À première vue, c’est un phénomène quantitatif, l’extrême quantité d’interactions et d’interférences entre un très grand nombre d’unités.

Pardigme de la complexité

On a besoin de diviser pour mieux comprendre les processus. Cependant, il faut aussi savoir réunir des parties dans un tout. Ainsi, au processus de simplification, néfaste pour l’émergence de nouvelles idées, on peut y appliquer un processus de la complexité, comme ZETTELKASTEN.

Citation

Au paradigme de disjonction/réduction/unidimensionnalisation, il faudrait substituer un paradigme de distinction/conjonction qui permette de distinguer sans disjoindre, d’associer sans identifier ou réduire.

Ce paradigme comporterait un principe dialogique et translogique, qui intégrerait la logique classique tout en tenant compte de ses limites de facto (problèmes de contradictions) et de jure (limites du formalisme). Il porterait en lui le principe de l’Unitas multiplex, qui échappe à l’Unité abstraite du haut (holisme) et du bas (réductionnisme).

La maladie de la théorie est dans le doctrinarisme et le dogmatisme, qui referment la théorie sur elle-même et la pétrifient. Grâce à ce paradigme, on y échappe.

La pathologie contemporaine de la pensée

Regarder une partie de la réalité et la prendre pour son ensemble, formaliser une grande règle dessus et ensuite voire le réel par le biais de cette règle. l’erreur de narration et Le problème avec l’hyper spécialisation

Citation

La pathologie moderne de l’esprit est dans l’hyper-simplification qui rend aveugle à la complexité du réel.
La pathologie de l’idée est dans l’idéalisme, où l’idée occulte la réalité qu’elle a mission de traduire et se prend pour seule réelle.

Système ouvert

Toutes choses vivantes sont considérées comme des entités closes, et non comme des systèmes organisant leur clôture (c’est-à-dire leur autonomie) dans et par leur ouverture. Les lois d’organisation du vivant ne sont pas d’équilibre, mais de déséquilibre, rattrapé ou compensé, de dynamisme stabilisé.

Comme en danse, dans un flow de mouvement, quand un constant déséquilibre qui amène une stabilité dans le mouvement suivant.

Références

Le corps humain remplace sans cesse ses molécules, de même pour une bougie. Donc c’est son ouverture qui lui permet de rester stable. Il puise ses ressources ailleurs pour rester fermé sur lui même.Il faut envisager les systèmes non pas comme clos mais comme ouverts

L’organicisme

C’est un système de logique qui permet de comprendre les Système ouvert de manière plus omnisciente que la logique classique. En prenant en compte l’environnement dans lequel se trouve le système vivant, et ses principes antagonistes qui se complètent.

Citation

L’organisation vitale ne peut être comprise selon la même logique que celle de la machine artificielle, et que l’originalité logique de l’organisme se traduit par la complémentarité de termes qui, selon la logique classique, sont antagonistes, répulsifs, contradictoires. L’organicisme, en un mot, suppose une organisation complexe et riche, mais il ne la propose pas.

Le déséquilibre permet l’équilibre

Comme l’improvisation en danse, un déséquilibre entraîne un mouvement qui entraîne un flow. Le déséquilibre, la constante entropie des systèmes vivants permet sa néguentropie, sa réorganisation. Le constant déséquilibre d’un système permet son équilibre. C’est une des caractéristiques des systèmes vivants, et plus généralement des Système ouvert

Références

Il y a un lien profond entre désorganisation et organisation complexe, puisque le phénomène de désorganisation (entropie) poursuit son cours dans le vivant, plus rapidement encore que dans la machine artificielle ; mais, de façon inséparable, il y a le phénomène de réorganisation (néguentropie). Là est le lien fondamental entre entropie et néguentropie, qui n’a rien d’une opposition manichéenne entre deux entités contraires.

L’entropie, dans un sens, contribue à l’organisation qu’elle tend à ruiner.

Système auto-éco-organisateur

Ce concept est le prolongement de celui de Système ouvert.
Il implique que le système dépend largement de son environnement pour créer son autonomie, et par ces relations, il va aussi contribuer à organiser son environnement.

Références

Alors que le système clos n’a guère d’individualité, pas d’échanges avec l’extérieur, et est en très pauvres relations avec l’environnement, le système auto-éco-organisateur a son individualité, elle-même liée à de très riches, donc dépendantes, relations avec l’environnement. Plus autonome, il est moins isolé. Il a besoin d’aliments, de matière/ énergie, mais aussi d’information, d’ordre (Schrödinger). L’environnement est du coup à l’intérieur de lui et, comme nous le verrons, il joue un rôle co-organisateur. Le système auto-éco-organisateur ne peut donc se suffire à lui-même, il ne peut être logique totalement qu’en introduisant, en lui, l’environnement étranger. Il ne peut s’achever, se clore, s’auto-suffire.

Les humains acceptent l’ambiguïté

Une des conquêtes préliminaires dans l’étude du cerveau humain est de comprendre qu’une de ses supériorités sur l’ordinateur est de pouvoir travailler avec de l’insuffisant et du flou ; il faut désormais accepter une certaine ambiguïté et une ambiguïté certaine.

Cela est en contradiction avec La guerre des intelligences Le sujet et l’objet

Dans les sciences traditionnelles, depuis René Descartes, on essaye de se baser sur des faits et on ne reconnaît pas le sujet. On essaye de l’éliminer.
La science occidentale s’est fondée sur l’élimination positiviste du sujet à partir de l’idée que les objets, existant indépendamment du sujet, pouvaient être observés et expliqués en tant que tels.

Dans ce cadre, le sujet est le « bruit », c’est-à-dire la perturbation, la déformation, l’erreur qu’il faut éliminer afin d’atteindre la connaissance objective, soit le miroir, simple reflet de l’univers objectif.

Depuis, effectivement, la dualité de l’objet et du sujet se pose en termes de disjonction, de répulsion, d’annulation réciproque. La rencontre entre sujet et objet annule toujours l’un des deux termes : La part de la réalité cachée par l’objet renvoie au sujet, la part de réalité cachée par le sujet renvoie à l’objet.

La subjectivité de la perception :
Il n’y a d’objet que par rapport à un sujet (qui observe, isole, définit, pense), L’existence du sujet par rapport à ses percetions :
et il n’y a de sujet que par rapport à un environnement objectif (qui lui permet de se reconnaître, se définir, se penser, etc., mais aussi d’exister).

Donc on essaye de procéder d’une manière qui est contraire à la réalité.
Ainsi apparaît le grand paradoxe : sujet et objet sont indissociables, mais notre mode de pensée exclut l’un par l’autre, nous laissant seulement libres de choisir, selon les moments de la journée, entre le sujet métaphysique et l’objet positiviste. Le concept positiviste d’objet fait de la conscience à la fois une réalité (miroir) et une absence de réalité (reflet). (positivisme)

Le sujet est le tout-rien ; rien n’existe sans lui, mais tout l’exclut ; il est comme le support de toute vérité, mais en même temps il n’est que « bruit » et erreur devant l’objet. Le monde est à l’intérieur de notre esprit, lequel est à l’intérieur du monde. Sujet et objet dans ce procès sont constitutifs l’un de l’autre. Mais cela n’aboutit pas à une vue unificatrice et harmonieuse.

DE PLUS,
La biologie de la connaissance nous montre qu’il n’y a aucun dispositif, dans le cerveau humain, qui permette de distinguer la perception de l’hallucination, le réel de l’imaginaire ; il y a également incertitude sur le caractère de la connaissance du monde

extérieur, étant donné que celle-ci est inscrite dans des « patterns » d’organisation dont les plus fondamentaux sont innés.

DE CE FAIT  Il faut 2 points de vue : social et subjectif et objectif et logique.
Il nous faut donc un autre méta-système, de caractère logique, qui examine la théorie du point de vue de sa consistance interne.

Il faut concevoir une relation sujet-objet. Celle-ci nous indique que l’objet doit être conçu dans son éco-système et plus largement dans un monde ouvert (que la connaissance ne peut remplir) et dans un méta-système, une théorie à élaborer où sujet et objet seraient l’un et l’autre intégrables.

Le théorème de Gödel

Dans un système formalisé, il est au moins une proposition qui est indécidable : cette indécidabilité ouvre une brèche dans le système, qui alors devient incertain.
Ainsi, tous les systèmes sont soumis au hasard.

Accepter la complexité et la contradiction

Dans la vision classique quand apparaît une contradiction dans un raisonnement, c’est un signe d’erreur. Il faut faire marche arrière et prendre un autre raisonnement. Or, dans la vision complexe, quand on arrive par des voies empirico-rationnelles à des contradictions, cela signifie non pas une erreur mais l’atteinte d’une nappe profonde de la réalité qui, justement parce qu’elle est profonde, ne peut pas être traduite dans notre logique.

Nous sommes condamnés à la pensée incertaine, à une pensée criblée de trous, à une pensée qui n’a aucun fondement absolu de certitude.

La science classique avait rejeté l’accident, l’événement, l’aléa, l’individuel. Toute tentative de les réintégrer ne pouvait sembler qu’anti-scientifique dans le cadre de l’ancien paradigme.
La simplicité voit soit l’un, soit le multiple, mais ne peut voir que l’Un peut être en même temps Multiple. Le principe de simplicité soit sépare ce qui est lié (disjonction), soit unifie ce qui est divers (réduction).

L’acceptation de la complexité, c’est l’acceptation d’une contradiction, et l’idée que l’on ne peut pas escamoter les contradictions dans une vision euphorique du monde.

Vivre c’est sans cesse rajeunir

En quelque sorte, vivre, c’est sans cesse mourir et se rajeunir. Autrement dit, on vit de la mort de ses cellules, comme une société vit de la mort de ses individus, ce qui lui permet de rajeunir.

Mais à force de rajeunir, on vieillit, et le processus de rajeunissement se déglingue, se détraque et, effectivement, si on vit de mort, on meurt de vie.

L’individu comme sujet

Mais il faut comprendre qu’il y a quelque chose de plus que la singularité ou que la différence d’un individu à un individu, c’est le fait que chaque individu soit un sujet. Le mot de sujet est un des mots les plus difficiles, les plus malentendus qui puissent être. Pourquoi ? Parce que dans la vision traditionnelle de la science où tout est déterminisme, il n’y a pas de sujet, il n’y a pas de conscience, il n’y a pas d’autonomie.

Être sujet, c’est se mettre au centre de son propre monde, c’est occuper le site du « je ».

Être sujet, c’est être autonome, tout en étant dépendant. C’est être quelqu’un de provisoire, de clignotant, d’incertain, c’est être presque tout pour soi, et presque rien pour l’univers.

La notion d’autonomie humaine est complexe puisqu’elle dépend de conditions culturelles et sociales. Pour être nous-mêmes, il nous faut apprendre un langage, une culture, un savoir, et il faut que cette culture elle-même soit assez variée pour que nous puissions nous-mêmes faire le choix dans le stock des idées existantes et réfléchir de façon autonome.

Nous dépendons de nos gènes et, d’une certaine façon, nous sommes possédés par nos gènes, puisque ceux-ci ne cessent de dicter à notre organisme le moyen de continuer à vivre.

La rationalité

La rationalité c’est le jeu, c’est le dialogue incessant entre notre esprit qui crée des structures logiques, qui les applique sur le monde et qui dialogue avec ce monde réel. Quand ce monde n’est pas d’accord avec notre système logique, il faut admettre que notre système logique est insuffisant, qu’il ne rencontre qu’une partie du réel. La rationalité, en quelque sorte, n’a jamais la prétention d’épuiser dans un système logique la totalité du réel, mais elle a la volonté de dialoguer avec ce qui lui résiste.

La rationalisation consiste à vouloir enfermer la réalité dans un système cohérent. Et tout ce qui, dans la réalité, contredit ce système cohérent est écarté, oublié, mis de côté, vu comme illusion ou apparence.
biais de confirmation, platonicité, Fracture platonique

On définit des concepts par leur noyau

dans les choses les plus importantes, les concepts ne se définissent jamais par leurs frontières mais à partir de leur noyau.

Prenons l’amour et l’amitié. On peut reconnaître nettement en leur noyau l’amour et l’amitié, mais il y a aussi de l’amitié amoureuse, des amours amicales. Il y a donc des intermédiaires, des mixtes entre l’amour et l’amitié ; il n’y a pas une frontière nette. Il ne faut jamais chercher à définir par des frontières les choses importantes. Les frontières sont toujours floues, sont toujours interférentes. Il faut donc chercher à définir le cœur, et cette définition demande souvent des macro-concepts.

L’ordre et le désordre travaillent ensemble

L’ordre et le désordre sont deux ennemis : l’un supprime l’autre, mais en même temps, dans certains cas, ils collaborent et produisent de l’organisation et de la complexité. Le principe dialogique nous permet de maintenir la dualité au sein de l’unité. Il associe deux termes à la fois complémentaires et antagonistes.

Prenons l’exemple de l’organisation vivante. Elle est née, sans doute, de la rencontre entre deux types d’entités chimico-physiques, un type stable qui peut se reproduire et dont la stabilité peut porter en elle une mémoire devenant héréditaire : l’ADN, et d’autre part, des acides aminés, qui forment des protéines aux formes multiples, extrêmement instables, qui se dégradent mais se reconstituent sans cesse à partir de messages qui émanent de l’ADN. Autrement dit, il y a deux logiques : l’une, celle d’une protéine instable, qui vit en contact avec le milieu, qui permet l’existence phénoménale, et l’autre qui assure la reproduction. Ces deux principes ne sont pas simplement juxtaposés, ils sont nécessaires l’un à l’autre.

La récursion organisationnelle

Le deuxième principe est celui de récursion organisationnelle. Pour la signification de ce terme, je rappelle le processus du tourbillon. Chaque moment du tourbillon est à la fois produit et producteur. Un processus récursif est un processus où les produits et les effets sont en même temps causes et producteurs de ce qui les produit.

La société est produite par les interactions entre individus, mais la société, une fois produite, rétroagit sur les individus et les produit.

Autrement dit, les individus produisent la société qui produit les individus.

Nous sommes à la fois produits et producteurs. L’idée récursive est donc une idée en rupture avec l’idée linéaire de cause/effet, de produit/producteur, de structure/superstructure, puisque tout ce qui est produit revient sur ce qui le produit dans un cycle lui-même auto-constitutif, auto-organisateur et auto-producteur.

Dans le monde biologique, chaque cellule de notre organisme contient la totalité de l’information génétique de cet organisme.

l’idée formulée par Pascal : « Je ne peux pas concevoir le tout sans concevoir les parties et je ne peux pas concevoir les parties sans concevoir le tout. » #citation

Le point de vue omniscient est eronné

Il lui faut abandonner le point de vue divin, le point de vue d’une sorte de trône supérieur d’où contempler la société. Le sociologue est une partie de cette société. Le fait d’être détenteur d’une culture sociologique ne le place pas au centre de la société. Au contraire, il fait partie d’une culture périphérique dans l’université et dans les sciences.

Nous ne pouvons jamais atteindre le méta-système, c’est-à-dire le système supérieur qui serait méta-humain et méta-social. Même si nous pouvions l’atteindre, ce ne serait pas un système absolu, car la logique de Tarski comme le théorème de Gödel nous disent qu’aucun système n’est capable de s’auto-expliquer totalement lui-même ni de s’auto-prouver totalement lui-même.

Autrement dit, tout système de pensée est ouvert et comporte une brèche, une lacune dans son ouverture même.

Le méta-point de vue n’est possible que si l’observateur-concepteur s’intègre dans l’observation et dans la conception. Voilà pourquoi la pensée de la complexité a besoin de l’intégration de l’observateur et du concepteur dans son observation et sa conception.

Les actions sont des paris incertains

Certes, l’action est une décision, un choix, mais c’est aussi un pari.

Or dans la notion de pari il y a la conscience du risque et de l’incertitude. Tout stratège, dans quelque domaine que ce soit, a la conscience du pari et la pensée moderne a compris que nos croyances les plus fondamentales sont l’objet d’un pari.

L’action est stratégie. Le mot stratégie ne désigne pas un programme prédéterminé qu’il suffit d’appliquer ne variatur dans le temps. La stratégie permet, à partir d’une décision initiale, d’envisager un certain nombre de scénarios pour l’action, scénarios qui pourront être modifiés selon les informations qui vont arriver en cours d’action et selon les aléas qui vont survenir et perturber l’action.

Le domaine de l’action est très aléatoire, très incertain. Il nous impose une conscience très aiguë des aléas, dérives, bifurcations, et il nous impose la réflexion sur sa complexité même.

Dès qu’un individu entreprend une action, quelle qu’elle soit, celle-ci commence à échapper à ses intentions.

L’action suppose la complexité, c’est-à-dire aléa, hasard, initiative, décision, conscience des dérives et des transformations.

C’est pourquoi nous devons utiliser de multiples fragments d’action programmée pour pouvoir nous concentrer sur ce qui est important, la stratégie dans l’aléa.
Il ne faut pas occulter le hasard de notre réflexion, il faut le réfléchir et le considérer comme partie intégrante de notre projet.

Il n’y a pas, d’un côté, un domaine de la complexité qui serait celui de la pensée, de la réflexion, et, de l’autre, le domaine des choses simples qui serait celui de l’action. L’action est le royaume concret et parfois vital de la complexité.

Les sociétés humaines sont des machines non triviales

Est triviale une machine dont, si vous connaissez tous les inputs, vous connaissez tous les outputs ; vous pouvez en prédire le comportement dès que vous savez tout ce qui entre dans la machine.

Nos sociétés sont des machines non triviales dans le sens, aussi, où elles connaissent sans cesse des crises politiques, économiques et sociales. Toute crise est un accroissement d’incertitudes. La prédictivité diminue. Les désordres deviennent menaçants. Les antagonismes inhibent les complémentarités, les conflictualités virtuelles s’actualisent.

Il faut abandonner les programmes, il faut inventer des stratégies pour sortir de la crise.

Elle nous montre qu’on ne doit pas s’enfermer dans le contemporanéisme, c’est-à-dire dans la croyance que ce qui se passe maintenant va continuer indéfiniment.
Le concept du cygne noir

En situation normale le pilotage automatique est possible, mais la stratégie s’impose dès que survient l’inattendu ou l’incertain, c’est-à-dire dès qu’apparaît un problème important.

Le fonctionnement d’une entreprise auto organisatrice

En organisant la production d’objets et de services, elle s’auto-organise, s’auto- entretient, si nécessaire s’auto-répare, et si les choses vont bien, s’auto-développe en développant sa production. Ainsi en produisant des produits indépendants du producteur, se développe un processus où le producteur se produit lui-même. D’une part, son auto-production est nécessaire à la production d’objets, d’autre part la production des objets est nécessaire à sa propre auto-production.

La complexité apparaît dans cet énoncé : on produit des choses et l’on s’auto-produit en même temps ; le producteur lui-même est son propre produit.

Une entreprise a besoin d’être régulée. Elle doit effectuer sa production en fonction des besoins extérieurs, de sa force de travail et de ses capacités énergétiques internes. Or nous savons – depuis quarante ans environ, grâce à la cybernétique – l’effet (vente ou mévente) peut rétroagir pour stimuler ou faire régresser la production d’objets et de services dans l’entreprise.

L’entreprise, organisme vivant, s’auto-organise, et fait son auto-production. En même temps, elle fait de l’auto-éco-organisation et de l’auto-éco-production.

L’entreprise est placée dans un environnement extérieur qui se trouve lui-même intégré dans un système éco-organisé ou éco-système.

La société produit les hommes et les hommes font la société

La Société, par exemple, est produite par les interactions entre les individus qui la constituent. La Société elle-même, comme un tout organisé et organisateur, rétroagit pour produire les individus par l’éducation, le langage, l’école. Ainsi les individus, dans leurs interactions, produisent la Société, laquelle produit les individus qui la produisent. Cela se fait dans un circuit spiral à travers l’évolution historique.

non seulement la partie est dans le tout ; le tout est à l’intérieur de la partie qui est à l’intérieur du tout !

Lutter contre la dégénérescence en se régénérant constamment

Comme pour la marche, c’est un déséquilibre constant qui permet de ne pas s’arrêter.

La seule façon de lutter contre la dégénérescence est dans la régénération permanente, autrement dit dans l’aptitude de l’ensemble de l’organisation à se régénérer et à se réorganiser en faisant front à tous les processus de désintégration.

Le facteur jeu d’une entreprise

Le facteur « jeu » est un facteur de désordre mais aussi de souplesse : la volonté d’imposer à l’intérieur d’une entreprise un ordre implacable est non efficiente. Toute les instructions qui vont, en cas de panne, d’incidents, d’événements inattendus, exiger l’arrêt immédiat du secteur ou de la machine sont contre-efficientes. Il faut laisser une part d’initiative à chaque échelon et à chaque individu.

Le désordre constitue la réponse inévitable, nécessaire, et même souvent féconde, au caractère sclérosé, schématique, abstrait et simplificateur de l’ordre.

Comment intégrer dans les entreprises les libertés et désordres qui peuvent apporter l’adaptivité et l’inventivité, mais peuvent aussi apporter la décomposition et la mort.

À la limite, une organisation qui n’aurait que des libertés, et très peu d’ordre, se désintégrerait à moins qu’il y ait en complément de cette liberté une solidarité profonde entre ses membres.

On recherche un méta-niveau où l’on puisse « dépasser » la contradiction entre l’ordre et la liberté sans la nier

Vulgarisateur ou débutant arrogant

Je n’aime pas qu’on me dise : « Vous êtes un vulgarisateur. » Pourquoi ? Pour deux raisons. D’abord parce que j’ai essayé de discuter des idées dans la mesure où je crois les avoir comprises, mais surtout parce que j’ai essayé, dans la mesure où je croyais les avoir assimilées, de les réorganiser à ma façon.

La deuxième chose qui me justifie à mes yeux se situe au niveau des idées générales. Il est certain que les idées générales sont des idées creuses, mais il n’est non moins certain que le refus des idées générales est en lui-même une idée générale encore plus creuse, parce que c’est une idée hypergénérale qui porte sur les idées générales.

Deuxièmement, la simplification est nécessaire, mais elle doit être relativisée. C’est-à- dire que j’accepte la réduction consciente qu’elle est réduction, et non la réduction arrogante qui croit posséder la vérité simple, derrière l’apparente multiplicité et complexité des choses. ⇒ Effet Dunning-Kruger

Je tiens pour impossible de connaître les parties en tant que parties sans connaître le tout, mais je tiens pour non moins impossible la possibilité de connaître le tout sans connaître singulièrement les parties.

La définition du hasard

Le hasard, toujours indispensable, n’est jamais seul et n’explique pas tout. Il faut qu’il y ait la rencontre entre l’aléa et une potentialité organisatrice. Il faut quelque chose, telle une potentialité réorganisatrice incluse dans l’auto-organisation qui reçoit l’événement aléatoire.

Réfléxions sur l’information

Quelle est la connaissance que nous perdons dans l’information et quelle est la sagesse que nous perdons dans la connaissance ?

les informations n’existent pas dans la nature. Nous les extrayons de la nature ; nous transformons les éléments et événements en signes, nous arrachons l’information au bruit à partir des redondances.

Connaître, c’est produire une traduction des réalités du monde extérieur.

Paradigme et idéologie

Un paradigme est un type de relation logique (inclusion, conjonction, disjonction, exclusion) entre un certain nombre de notions ou catégories maîtresses.

Un paradigme privilégie certaines relations logiques au détriment d’autres, et c’est pour cela qu’un paradigme contrôle la logique du discours. Le paradigme est une façon de contrôler à la fois le logique et le sémantique.

une idéologie est un système d’idées. Quand je parle d’idéologie, je ne dénonce ni ne désigne les idées des autres. Je ramène une théorie, une doctrine, une philosophie à son degré zéro, qui est d’être un système d’idées.

Mes citations préférées

Je me situe donc bien en dehors des deux clans antagonistes, l’un qui broie la différence en la ramenant à l’unité simple, l’autre qui occulte l’unité parce qu’il ne voit que la différence ;
REF : C’est ce qui est aussi dit dans Factfullnes, que la majeur partie des personnes ne se trouvent pas dans les extrêmes que l’on compare sans cesse, mais dans la masse au milieu. Il ne faut pas voir que la différence entre les extrêmes, mais il ne faut pas voir le monde comme parfaitement unifié.

Quelle est la connaissance que nous perdons dans l’information et quelle est la sagesse que nous perdons dans la connaissance ? #citation

Ici, on peut voir que systémisme et cybernétique sont comme le premier étage d’une fusée qui permet le démarrage d’un second étage, la théorie de l’auto-organisation, laquelle à son tour met à feu un troisième étage, l’épistémiologie, celui des relations entre le sujet et l’objet.

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